Umar Timol and Prof. Dr. Ute Fendler
Abstract
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- Mauritian writer and photographer Umar Timol joined the Cluster of Excellence to observe and accompany the Cluster's acitivities and events in the month of May 2024. In this interview, he talks with Prof. Dr. Ute Fendler about his extensive body of work.
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[Segment 1/2 | 00:00:00–00:20:00]
[00:00:00] [music]
[00:00:18] Speaker 1: Bonjour et bienvenue aux conversations de cluster. Bienvenue à Umar Timol qui vient de l'île Maurice. Umar, donc je suis vraiment très contente et nous sommes très honorés que tu as accepté notre invitation de venir comme cluster chronicler. Donc, le chroniqueur de la ville et du cluster pendant presque un mois. Mais peut-être on peut commencer par une présentation. Est-ce que tu pourrais te présenter toi-même, s'il te plaît ?
[00:00:47] Speaker 2: Donc d'abord, je tiens à te remercier de m'avoir invité. C'est un véritable bonheur d'être ici au Africa Cluster of Excellence qui m'a invité. Donc en deux mots, donc je m'appelle Umar Timol. Donc je suis Mauricien. Donc j'habite à l'île Maurice. Donc on peut considérer que je suis un artiste. Donc j'écris depuis une vingtaine d'années. Donc j'ai pas mal publié des recueils de poésie, des romans, nouvelles, et maintenant du théâtre. Et j'ai une nouvelle passion depuis quelques années qui est la photographie. Donc je fais pas mal de portraits, mais aussi du street photography. Donc j'ai publié un livre de portraits il y a 2 ans de cela, appelé "Les Grâces", qui contient 140 photos. Et je pense que la photographie, c'est un peu le prolongement du travail poétique. Donc j'ai eu l'occasion d'en parler dans la conférence, c'est-à-dire que pour moi, l'art, c'est une quête de soi-même. Je pense que c'est une quête existentielle, si on veut. Bon, il y a une strate, c'est la strate essentielle, je pense. Mais la photographie, c'est un peu la quête de l'autre. Donc l'art occupe une place assez importante dans ma vie, d'une part, comme on l'a dit, c'est le bonheur, donc c'est le bonheur de créer, c'est la quête existentielle, c'est le bonheur de partager. J'aime l'art, j'aime les mots, les livres, les images. Donc c'est un vrai bonheur de pouvoir créer. Voilà, c'est un peu ma démarche, le bonheur [laughter] et aussi la quête.
[00:02:08] Speaker 1: C'est très bien. Mais bon, on pourrait peut-être, comme tu as commencé par l'écriture, peut-être tu pourrais nous parler un peu plus de ton écriture. Parce que tu as commencé par écrire des poèmes, après, comme tu disais, des nouvelles, des romans, et pour arriver finalement au théâtre. Donc là, il y a quand même déjà trois genres dans lesquels tu t'exprimes. Donc est-ce que tu pourrais nous parler un peu plus de cette expérience ?
[00:02:34] Speaker 2: Donc je pense que l'écriture procède d'une fascination pour les mots. Donc je suis un gros lecteur, j'ai toujours aimé lire. Je suis fasciné par l'écriture, par les mots. Bon, on a parlé de Camus, par exemple, ou d'Ananda Devi, il y a tant d'auteurs que j'aime, finalement. Mais je suis fasciné par la faculté des gens à créer des textes. Il y a, c'est vrai, il y a de nombreuses choses que j'aime. Au fond, j'aime la musique, par exemple, ou le théâtre, le cinéma, etc. Mais j'ai un rapport différent aux mots. C'est-à-dire que pour moi, cela représente un peu comme un absolu. Et donc il y a ce désir des mots. Et donc j'ai commencé à écrire un peu par hasard des petits poèmes qui ont été publiés dans la presse locale. Donc ce cheminement a commencé avec la publication de ces poèmes. Puis ensuite, j'ai écrit des recueils, voilà, théâtre, etc. Et j'ai réalisé là, à Beyrouth, parce que j'ai quand même pas mal de temps, au fond, que je pense que ma vocation première, c'est vraiment la poésie. C'est vrai, je me suis un peu dispersé au fil du temps, parce qu'un des problèmes associés avec la poésie, c'est qu'il n'y a pas vraiment de lectorat.
[00:03:37] Speaker 1: Hmm.
[00:03:38] Speaker 2: Donc on est très seul. Donc par l'entremise du théâtre, c'est vrai, on peut, on a un public, on peut partager son travail avec plus de personnes. Mais je pense qu'au fondamentalement, ce qui m'intéresse, c'est la poésie, c'est-à-dire parvenir justement à dire la substance de son être ou peut-être la substance du monde. Et c'est ce que je ressens ici. Donc j'écris pas mal de poèmes où j'essaie de capturer justement ce que, de saisir ce que je ressens. Mais à la limite, je pense que tout ce que j'écris, finalement, c'est de la poésie, mais c'est de la poésie déguisée [laughter] en roman, en théâtre, parce que pour moi, l'écriture, c'est essentiellement un souffle. C'est être porté par des mots, une sensibilité. Donc finalement, peut-être qu'on déguise la poésie en autre chose, mais au bout du compte, c'est toujours, c'est toujours de la poésie. Mais peut-être que c'est fondamentalement lié à une sensibilité, un certain rapport au monde, et le besoin d'exprimer ce rapport au monde, de se dire, de raconter.
[00:04:42] Speaker 1: Hmm. Tout à l'heure, tu disais, et ça m'a étonné un peu, tu parlais de l'absolu dans l'écriture, la poésie. Et en même temps, quand même, Maurice, on sait que, et toi, je crois aussi, tu as écrit aussi en créole. Donc c'est, on a vu quand même entre deux langues au moins, peut-être même plusieurs. Et donc comment est-ce que tu vois donc cette relation entre les langues, mais quand même aussi le souffle et puis l'absolu dont tu as parlé ?
[00:05:11] Speaker 2: Donc je pense que c'est un rapport assez complexe, parce que bon, l'île Maurice est un pays multilingue. Bon, finalement, on a l'impression qu'on parle plusieurs langues, mais on ne maîtrise aucune langue, finalement. [laughter] Donc ma langue maternelle, c'est le créole. Donc ensuite, bon, Maurice est un pays francophone, donc on parle le français à l'école. Bon, l'anglais est la langue officielle, mais qu'on parle très très mal, au fond. Les Mauriciens n'ont pas une très bonne maîtrise de l'anglais, parce qu'on parle cette langue très peu, c'est la langue officielle. Donc j'aime beaucoup le français. Je ne sais, je ne sais trop pourquoi. Disons, quand je lis l'anglais, pour moi, il y a un aspect très pratique. Bon, c'est vrai qu'on a, il y a beaucoup de livres sont traduits en anglais et moins en français. Donc si on s'intéresse peut-être à la littérature universitaire, donc on a accès à plus de, donc je lis quand même pas mal l'anglais, mais je n'éprouve pas ce frisson quand je lis l'anglais, ou j'ai de la, par exemple, j'ai du T. S. Eliot, ben j'ai lu la traduction française. Je n'éprouve pas le frisson quand je lis en anglais. C'est vrai qu'avec le français, il y a quelque chose de très très spécial. Par exemple, quand je lis Césaire, Cahier d'un, là, je l'ai relu à la bibliothèque de l'université, c'est vraiment un frisson. Il y a une émotion très très vive, il y a une connexion très très forte avec la langue, d'une fascination pour les rythmes de cette langue. Mais c'est vrai aussi que ces derniers temps, donc j'ai commencé à écrire en créole, parce que je pense qu'au bout du compte, bon, j'ai une maîtrise, je ne dirais pas parfaite de la langue créole, mais c'est ma langue maternelle, quand même. Donc je suis plus apte à exprimer mes émotions, ce que je suis, dans ma langue maternelle. Mais l'un des, il y a des problèmes associés avec l'écriture en créole. Donc déjà, il faut apprendre à écrire le créole, parce qu'il y a l'orthographe que je ne maîtrise pas, donc j'apprends. Et puis, un des problèmes aussi, à mon avis, c'est que, par exemple, quand vous écrivez en français, il y a tout un imaginaire littéraire, parce que vous avez lu des milliers de livres, au fond.
[00:07:02] Speaker 1: Hmm.
[00:07:03] Speaker 2: Donc il y a comme une résonance avec ces textes. Et c'est vrai qu'écrire de la poésie, souvent, je trouve ça plus difficile, parce que j'ai moins, même si c'est ma langue maternelle, j'ai moins de vocabulaire littéraire, j'ai l'impression. Là, j'ai écrit un poème en français, un poème d'amour, et je pensais la traduire. Mais comment traduire ce poème ? Par exemple, "l'étreinte du temps", par exemple. Est-ce qu'on peut trouver des mots semblables ? Certainement. Mais j'ai pas cet imaginaire nécessairement littéraire, parce que je n'ai pas lu suffisamment de textes. Donc il y a un travail peut-être à faire de ce côté-là. Mais c'est vrai aussi que écrire en créole, c'est peut-être une plus grande authenticité et se libérer un peu de cette dépendance à la langue française. Mais comme je dis, il y a des problématiques, parce qu'écrire en créole, c'est écrire pour un lectorat extrêmement limité, et les Mauriciens ne sont pas de grands lecteurs, malheureusement. [laughter] Donc maintenant, pour revenir à la question de l'absolu, ben je pense que il y a, il y a des obsessions, il y a des interrogations sur le sens des choses. Bon, il y a des thématiques qui reviennent constamment dans mes textes, bon, l'amour, le temps, la mort. Donc à travers l'écriture, c'est une façon d'interroger. Je suis assez fasciné par le temps, finalement, le temps qui passe. Est-ce que, par exemple, là, bon, j'ai écrit quelques poèmes qui seront bientôt sur les pages, les réseaux sociaux de l'université. Un truc, c'est un moment de grand bonheur, parce que je suis hors du temps, finalement. Et parfois, je me dis que j'aimerais arrêter ce temps, que ce temps dure éternellement, parce que je me sens tellement bien. Donc je me balade dans la ville. Bon, je ne travaille pas en ce moment, [laughter] j'ai pas de soucis de stress, comme on dit. Et on se dit qu'on aimerait bien arrêter ce temps, être hors du temps. Donc exprimer, j'essaie d'en parler dans, dans ce poème, mais tout en réalisant, finalement, que ce bonheur aussi est éphémère, il ne peut pas durer. Donc il y a des thématiques comme ça qui, qui m'intéressent depuis toujours. Et avec le temps, bon, on vieillit aussi, et donc peut-être que cela devient de plus en plus, cela devient plus urgent d'en parler aussi.
[00:09:07] Speaker 1: Hmm. Et peut-être on pourrait donc revenir aussi sur la photographie que tu as mentionné rapidement. Donc tout ce que tu as expliqué maintenant aussi pour l'écriture et les différents genres, donc pourquoi ce passage maintenant vers vers la photographie ? Pourquoi et où et comment ?
[00:09:28] Speaker 2: Bon, je pense que c'est le fruit d'un hasard, parce que, enfin, j'en ai parlé dans la conférence aussi, il y a un photographe qui s'appelle Frédéric Méliot. Bon, il est architecte d'intérieur, mais il est aussi photographe. Donc il a fait mon, il a fait mon portrait il y a 7 ou 8 ans de cela, dans le cadre d'un projet sur les artistes mauriciens. Et le résultat m'avait vraiment impressionné, c'était en noir et blanc. Bon, et puis j'aime bien la photographie, je me suis rendu aux expos, World Press Photo, je crois, à Maurice. Donc c'est un art qui m'intéresse, mais on va dire, c'était pas nécessairement une passion. Et là, je me suis dit, ben j'aimerais bien essayer de faire des photos. Donc j'ai parlé aussi de cette anecdote, j'ai une vision à la plage. Enfin, on va croire que c'est une histoire que j'ai inventée de toutes pièces. [laughter] Donc il y a un écrivain mauricien qui s'appelle Barlen Pyamootoo, très connu à Maurice et très actif. Il organise des festivals, donc quelqu'un de très sympa. Il est aussi éditeur. Et Barlen, il a une gueule d'écrivain, hein. Je crois que tu l'as rencontré.
[00:10:25] Speaker 1: Oui, oui.
[00:10:26] Speaker 2: Et un jour, je me dis, à la plage, j'étais en train de nager avec ma femme et mes enfants, et j'ai eu cette image. Je me suis dit, voilà, j'aimerais bien faire le portrait de Barlen. Et donc, voilà, et donc, disons, l'image précède. J'avais déjà l'image en tête avant de faire les photos. Et donc, j'ai acheté un appareil photo, et là, j'ai commencé à faire des photos, bon, de mon chat, de mes enfants, etc. Et ce qui était un hobby est devenu très vite une passion. Et j'ai eu un feedback quand même assez positif par rapport à mon travail, ce qui m'a encouragé à aller plus loin. Et c'est une belle aventure, parce que les portraits, c'est énormément de rencontres. Ce sont des gens qui viennent chez moi, on discute, on échange. Et puis, je suis assez fasciné par le processus photographique, c'est-à-dire faire la photo d'une personne. Il y a, enfin, je ne sais pourquoi, mais il y a dans le regard des autres quelque chose qui m'émeut profondément. Et finalement, j'ai eu la possibilité de publier un livre, donc publier avec le même Barlen, [laughter] destin ou hasard, je ne sais trop. Donc j'ai voulu publier ce, bon, c'était réunir mes meilleures photos, mais aussi, disons, ce que je voulais peut-être montrer, c'est, c'est le dialogue des regards, des yeux, de toutes ces personnes. Et dans le regard de tous ces êtres, j'ai souvent l'impression qu'on retrouve un peu la même chose. Les gens portent un masque, mais quand on enlève ce masque, on découvre quelque chose. Moi, j'appelle ça la nostalgie du divin, mais donc j'ai animé un atelier d'écriture avec professeur Völker il y a quelques jours de cela, donc j'ai demandé aux élèves d'écrire des textes sur trois photos. Donc on a différentes interprétations. Donc la photo, c'est un peu le miroir de l'être, finalement. On se voit dans cette photo qui raconte une histoire. Donc voilà un peu la démarche. Et puis, j'ai aussi fait des photos street, et puis il y avait des manifestations monstres à Maurice contre le gouvernement il y a quelques années de cela. Donc j'ai fait quand même pas mal de street et d'autres types de photos. Mais je pense aussi que la photographie, c'était une façon un peu de me libérer du fardeau de l'intellect et du langage et de toutes ces problématiques. C'était une façon de créer hors des mots, parce que j'ai toujours ce sentiment de l'inaccessible par rapport aux mots, donc un sentiment d'insatisfaction. Donc c'est une façon de créer, d'écrire, mais autrement. Donc une forme de libération aussi. Mais je réalise aussi maintenant que la photographie est intimement liée, finalement, à l'écriture, que c'est, c'est, c'est, bon, c'est vrai, c'est, c'est s'éloigner des mots, peut-être pour retourner aux mots, parce que c'est écrire avec la lumière, finalement. Oui.
[00:13:11] Speaker 1: Mais dans, est-ce que donc dans cette démarche pour la photographie, il n'y a pas aussi encore une fois un peu cette, cette recherche de l'absolu dont tu parlais pour l'écriture ?
[00:13:21] Speaker 2: Oui. C'est un peu, c'est assez curieux, parce que souvent, quand je fais les photos, je clique d'une façon très, avec beaucoup de ferveur. [laughter] Et j'ai littéralement l'impression que je veux saisir l'âme de la personne. Je suis en quête de quoi, je ne sais trop, mais je suis en quête de quelque chose. C'est à la, je pense, c'est la recherche aussi de l'autre. Peut-être que c'est une quête spirituelle, au fond. C'est une quête spirituelle, comme on l'a dit, peut-être d'un absolu à travers le visage d'un être. Mais au fond, je ne peux pas tout à fait rationaliser. Là, je vous donne des explications, mais au fond, je ne sais. C'est comme, disons, j'aime mes enfants, je ne pourrais pas vous, rationnellement, on les aime, on peut vous donner trois raisons, [laughter] mais cela dépasse aussi l'entendement et la raison. C'est, c'est une émotion, c'est, c'est, c'est une connexion, je pense, profonde.
[00:14:14] Speaker 1: Hmm. Jeudi dernier, donc, on avait organisé une rencontre avec le public, et le titre de cette rencontre, c'était "How to capture the soul". Parce que quand tu m'avais parlé aussi avant de venir ici, tu m'avais parlé de ton travail, c'est ça qui revenait justement très souvent dans, dans tes explications, [laughter] comment, comment trouver ou comment saisir l'âme. Donc peut-être tu pourrais encore dire quelques mots là-dessus.
[00:14:46] Speaker 2: Donc, enfin, mon sentiment, c'est que on porte tous des masques. Bon, et ce qu'il y a, c'est quand vous rencontrez quelqu'un, disons, quand je fais le portrait d'une personne, cette personne se déplace, elle vient chez moi, donc on se met à parler. Donc en général, j'essaie d'écouter. Bon, souvent, je parle trop, mais là, je mets de côté le moi bavard [laughter] pour devenir quelqu'un qui écoute. Donc j'écoute, on se parle, et je pense qu'il y a une alchimie qui se produit, c'est-à-dire que c'est la rencontre des sensibilités. Bon, le plus souvent, je rencontre des gens avec qui je m'entends vraiment très bien, et on peut se parler pendant des heures, mais ils doivent partir ou je dois partir pour une raison ou une autre, on doit arrêter la conversation. Donc ensuite, j'ai fait, je fais les photos. Mais là, ce qu'il y a, c'est qu'il y a des gens, par exemple, récemment, j'ai fait le portrait d'un artiste mauricien connu. Bon, il m'a dit franchement qu'il est, qu'il est dépressif, et ça, on le voit tout de suite, hein. C'est-à-dire qu'il n'y a pas, il est là, dans la spontanéité de de ce qu'il est. L'authenticité est là. Ou j'avais fait le portrait aussi de Firoz Ghanty. Bon, il est malheureusement décédé il y a 2 ans de cela, je crois, et il est dans le livre, c'est la première photo, d'ailleurs. Donc Firoz, c'est un artiste connu, quelqu'un de très charismatique. Et lui, il était très raw, dans le sens positif du terme, très brut. Il y avait une intensité. Donc je pense, cela dépend des gens. Mais le plus souvent, il y a, il y a un masque, et puis il y a un dévoilement graduel de de cette personne, et on arrive à un lieu, à un moment ou à un autre. Enfin, moi, ce que je cherche, c'est une photo, au fond. On peut faire 100 photos, mais c'est cette photo qui raconte, qui, qui, qui, qui, bon, je ne sais pas, l'âme, mais on aperçoit quelque chose de de très profond. Par exemple, il est difficile de faire les portraits des intellectuels, parce que, bon, souvent, vous êtes un, quand vous les rencontrez, vous êtes un auditoire. Donc ils vous racontent leur vie. Bon, quand vous faites les portraits, ils se mettent à parler, [laughter] et là, je leur dis, vous savez, il est préférable de ne pas parler, parce qu'ils ont tout le temps des choses à vous raconter. Bon, je me souviens d'un intellectuel mauricien, c'est quelqu'un de brillant, voilà, charmeur. Donc lors du shoot, il parlait, et puis il y a un moment de d'abandon. C'était un autre homme, ou je pense à Lindsay Collen. Donc c'est une figure très connue à Maurice, elle est écrivaine. Bon, elle est marxiste, donc très très engagée politiquement. Donc Lindsay, elle est venue, j'avais fait une expo sur les écrivains mauriciens au musée Blue Penny à Maurice, donc j'avais fait son portrait dans le cadre de cette expo. Donc Lindsay, elle vient à la maison, vous savez, elle est très exubérante, elle parle de la langue créole, la politique, etc. Et j'ai dit, bon, ça va pas être, ça va pas être évident de faire un portrait. Mais encore une fois, au bout d'un moment, il y a comme un relâchement, et là, on voit autre chose. Donc c'est-à-dire qu'il y a un dévoilement, je pense, de de l'être. Mais ce qui m'intéresse aussi, c'est que, il y a, il y a un lien humain, j'en suis convaincu, entre toutes ces personnes. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui nous unit, finalement. Je suis convaincu qu'il y a une humanité commune, c'est une des leçons que je retiens de cette expérience, c'est que au-delà de toutes ces différences, et c'est peut-être ce que j'essaie de dire aussi, très de façon très modeste, peut-être à travers ce livre, c'est que au-delà de toutes ces différences, toute cette haine qu'on voit dans les sociétés humaines, il y a un lien commun entre les êtres humains. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose de fondamental. Bien sûr, il y a des différences culturelles, etc. On va pas aligner, on va pas être naïf non plus. Mais il y a un lien humain, fondamentalement, que vous soyez noir, blanc, jaune, peu importe, hein. Et ça, ça m'intéresse énormément, et essayer de convier les gens à découvrir cette humanité aussi.
[00:18:24] Speaker 1: C'est très beau. Donc il y a un message profond, en fait, de aussi dans de dans ce livre avec les portraits. Bon, comme tu, pendant ton séjour maintenant à Bayreuth, il y a presque 2 semaines déjà, tu, tu avais aussi, je crois, l'occasion de rencontrer quand même pas mal de personnes qui sont, qui vivent à Bayreuth ou qui sont là aussi pour quelques mois. Bon, peut-être tu pourrais nous parler aussi un peu de tes rencontres à Bayreuth.
[00:18:56] Speaker 2: Bon, déjà, vous savez, ce qui, ce qui me plaît ici, bon, déjà, comme j'ai dit, c'est hors du temps, parce que là, je ne travaille pas, il n'y a pas de seche-cheveux cassé à la maison que je dois réparer, parce qu'il y a tout le temps des problèmes, vous savez. [laughter] Donc j'ai le temps vraiment de, de respirer, et c'est vrai, et c'est une très très belle ville. Et vous savez ce qu'il y a aussi, c'est que quand vous êtes un artiste à Maurice, et je pense que c'est vrai de tous les artistes, on se sent souvent, on se sent souvent incompris, parce que on ne prend pas, on ne prend pas l'art généralement au sérieux à Maurice. Nous sommes une population d'immigrés, finalement. Et bon, sans caricaturer l'immigré, ce qu'il souhaite, c'est, c'est la réussite, souvent matérielle. C'est amusant, quand je, les, bon, il y a beaucoup de jeunes, quand vous leur dites, vous étudiez, vous faites quelles études, ce sont le droit et la comptabilité. Bon, peut-être qu'ils ont cette vocation, effectivement, mais j'ai souvent l'impression que c'est toujours l'aspect pratique qui prend le dessus. Donc être artiste, c'est être un peu bizarre, c'est être un peu incompris.
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[00:00:00] Speaker 1: Oui. Et ce qui me plaît ici, c'est justement de rencontrer des gens qui vous accordent cette légitimité, comprennent votre démarche. Donc, moi, je pensais à ce mot, c'est le mot amour, finalement. C'est que c'est c'est beaucoup d'amour. C'est c'est rencontrer toutes ces personnes, bon, ici à Car, toi et tant de personnes que j'ai rencontrées durant ces deux semaines. C'est aussi ce sentiment que parce que le travail artistique, c'est quand même beaucoup d'efforts. J'écris du théâtre, je fais des photos. Je m'investis quand même pas mal dans de ce travail, plus, bon, je travaille, bon, j'ai un travail aussi. Mais souvent, on s'interroge sur la légitimité de ce qu'on fait. Il y a un sentiment aussi de solitude, souvent, parce qu'on n'arrive pas à partager nécessairement ces passions. Mon mon cas, je trouve, c'est très particulier dans ce sens. Le rapport aux livres, aux idées, ça ça j'ai l'impression, ça n'intéresse pas grand monde. Donc, là, c'est vraiment un bonheur de pouvoir rencontrer toutes ces personnes, de pouvoir échanger, la conférence. Donc, c'est ce sentiment, justement, que ce que ce qu'on fait a un sens et de pouvoir partager avec des gens qui vous comprennent. Et donc, dans ce sens, c'est vraiment un bonheur. Ouais.
[00:01:17] Speaker 2: Et le fait, bon, excuse que je pose peut-être encore cette question, parce qu'il y a quand même aussi beaucoup d'autres d'autres invités qui sont là pour des résidences de recherche et qui viennent un peu de partout dans le monde. Bon, même si, bien sûr, Maurice aussi, c'est un contexte très international aussi. Mais disons, je m'imagine que là aussi, il y a peut-être des échanges très intéressants, disons, d'autres perspectives, d'autres regards sur ton sur ton travail.
[00:01:46] Speaker 1: Ouais, enfin, d'une part, sur mon travail, mais aussi, par exemple, j'ai parlé à Issiaka. Bon, je connaissais pas grand-chose du Burkina Faso. En fait, je connaissais rien. Donc, j'ai beaucoup appris. J'ai parlé à Maryam. Elle est iranienne. Donc, je connais je connais vaguement l'Iran, mais là aussi, un apprentissage. Donc, chaque rencontre signifie aussi, et c'est vrai aussi que c'est de réaliser qu'il y a des problématiques communes à tous ces pays, finalement. Donc, j'ai parlé aussi à Jelena il y a quelques jours de cela. Elle est de Serbie. Donc, mais ce qui est paradoxal aussi, c'est que cela m'a permis de comprendre que l'île Maurice, c'est pas si mal que ça, finalement, parce qu'on n'arrête pas de se plaindre. On a raison de se plaindre. Mais c'est un modèle qui est pas mal. C'est c'est il y a énormément de problèmes, mais comparé à d'autres pays, finalement, on s'en sort pas pas pas si mal que ça. Ouais.
[00:02:30] Speaker 2: Donc, est-ce que, peut-être pour conclure, est-ce qu'on peut s'attendre à des écrits, des poèmes et aussi des photographes qui sont liés, éventuellement, aussi à ton séjour ici à Beyrouth ?
[00:02:41] Speaker 1: Donc, là, c'est Bon, je dois reconnaître que l'un des problèmes avec Beyrouth, c'est un endroit idyllique, calme, paradisiaque par moments. Mais c'est vrai, pour le street photography, ça peut être plus compliqué parce qu'on peut faire des photos de fleurs, du lac, d'un canard, etc. Donc, c'est pas peut-être le lieu où il y a des choses vraiment intenses. Mais moi, et moi, j'adore. Donc, pour c'est c'est c'est parfait pour trois semaines. Mais j'ai j'ai fait des photos, enfin, que je t'enverrai très bientôt, écrit quelques textes aussi que je compte associer aux photos. Donc, enfin, je pense qu'ils seront publiés en ligne. Mais ce sont des textes assez méditatifs, au fond, sur les thématiques dont je t'ai parlé, avec quelques photos. Bon, il y a j'ai fait quelques portraits, notamment ici à Car. Et aussi, ben, hier, je me suis baladé dans les rues de Beyrouth. Et je trouve ça très, enfin, c'est très libérateur parce que c'est cette liberté de marcher, de prendre le temps. Donc, j'ai mon appareil photo, j'ai des photos, je fais d'une fleur, d'un nuage. Mais c'est très poétique aussi. Donc, je vais essayer, enfin, on verra ce que ça va donner de de c'est la poésie des mots et j'espère la poésie des images qui vont se mêler et qu'on pourra partager en ligne.
[00:03:53] Speaker 2: Donc, on pourra dire, si si quand les gens vont regarder le la conversation, peut-être de leur de leur conseiller de regarder sur le site, de découvrir Beyrouth poétique à travers le regard de Umar Timol.
[00:04:08] Speaker 1: Oui, bien sûr. Bien sûr.
[00:04:08] Speaker 2: Bon, merci encore une fois pour la conversation, mais aussi d'être venu et d'avoir partagé tes tes pensées et ton travail avec nous. Merci beaucoup.
[00:04:17] Speaker 1: Ben, enfin, j'en profite pour te remercier une fois de plus et Africa Cluster of Excellence. Comme je l'ai dit, c'est vous savez, nous vivons dans un monde compliqué où souvent, nous avons très peu de de raisons d'être heureux, finalement. Et donc, là, c'est la possibilité de de connaître un peu de bonheur dans sa vie et j'ai une grande gratitude. C'est vrai, franchement, quand j'y repense, c'est c'est une aventure inattendue dans ma vie parce que j'avais pas prévu d'écrire ou de faire des photos. Et puis, il y a des choses qui surviennent comme ça. Bon, c'est vrai aussi, il y a pas mal d'efforts qui sont faits. Mais donc, j'ai une grande gratitude pour voilà, ces rencontres, ces voyages. C'est c'est un bonheur et merci pour ça.
[00:04:51] Speaker 2: Merci aussi.Value Annotations
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- Title
- Umar Timol and Prof. Dr. Ute Fendler
- Language
- French
- Podcast series
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Cluster Conversations
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- Extent
- 25 minutes, 0 seconds
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- Episode number
- 23
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